Oublions ces tristes furies,
A la guillotine aguerries,
Qui, pour se rendre le temps court,
Tricotaient entre chaque tête,
Insultaient la mort, faisaient fête
A Théroigne de Méricourt !
Un plus doux tableau se présente
A nos yeux. Troupe bienfaisante,
D'où le travail chasse l'ennui,
cœurs tendres, que nos maux attirent
Ce n'est pas le sang que respirent
Les tricoteuses d'aujourd'hui !
C'est la pitié, c'est l'espérance !
Anges gardiens de la souffrance,
Elles songent avec douleur
A ceux qui dorment dans la plaine,
Et, sous leurs doigts émus, la laine
Va devenir vie et chaleur !
Plus encor !… Que la France entière,
Que le château, que la chaumière
Apportent leur commun tribut ;
N'oubliez pas, femmes et filles,
Que vous tramez de vos aiguilles
Et la victoire et le salut !
Que ces aiguilles sont vos armes,
Que la patrie avec des larmes
Accueille et fête vos travaux,
Et que leur communauté même
Consacre, en un touchant emblême,
L'égalité des temps nouveaux !
Loin de nous la sinistre image
Des tricoteuses d'un autre âge !
Le mot est réhabilité !
Vestige sanglant, ombre vaine,
Il nous disait : Terreur et haine !
Il dit : Amour et charité !