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1871

LES TRICOTEUSES

Jules BARBIER

Oublions ces tristes furies, A la guillotine aguerries, Qui, pour se rendre le temps court, Tricotaient entre chaque tête,

Insultaient la mort, faisaient fête A Théroigne de Méricourt ! Un plus doux tableau se présente A nos yeux. Troupe bienfaisante,

D'où le travail chasse l'ennui, cœurs tendres, que nos maux attirent Ce n'est pas le sang que respirent Les tricoteuses d'aujourd'hui !

C'est la pitié, c'est l'espérance ! Anges gardiens de la souffrance, Elles songent avec douleur A ceux qui dorment dans la plaine,

Et, sous leurs doigts émus, la laine Va devenir vie et chaleur ! Plus encor !… Que la France entière, Que le château, que la chaumière

Apportent leur commun tribut ; N'oubliez pas, femmes et filles, Que vous tramez de vos aiguilles Et la victoire et le salut !

Que ces aiguilles sont vos armes, Que la patrie avec des larmes Accueille et fête vos travaux, Et que leur communauté même

Consacre, en un touchant emblême, L'égalité des temps nouveaux ! Loin de nous la sinistre image Des tricoteuses d'un autre âge !

Le mot est réhabilité ! Vestige sanglant, ombre vaine, Il nous disait : Terreur et haine ! Il dit : Amour et charité !

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