Je ne partage pas votre croyance ; l'âme
Apparaît à mes yeux comme un divin flambeau,
Qui, pour être aux vivants amour, lumière et flamme,
Ne doit pas s'étouffer dans l'ombre d'un tombeau !
Je ne crois pas que Dieu se fasse le complice
Des folles visions qui troublent les humains,
Qu'il garde, impitoyable, un éternel supplice
Aux coupables enfants qu'il créa de ses mains !
L'homme est né pour agir, pour aimer, et pour vivre ;
La famille est son droit, son devoir, son milieu.
La prière du moine enfermé dans son livre
Ne vaut pas le travail du père devant Dieu.
Mais vous avez fermé ce livre ! La. patrie
Ressuscite vos cœurs ranimés et fervents ;
Vous armez d'un fusil votre main amaigrie !
Vous sortez de la tombe à l'appel des vivants !
C'en est fait ! Entraînés par des courants contraires,
Le malheur du pays nous a rapprochés tous !
Je ne vois plus en vous que des Français, des frères,
Fit devant votre Dieu je m'incline avec vous !
Ce Dieu toujours présent, à qui l'âme asservie
Demande son refuge, offre ses repentirs,
En faisant de la mort la source de la vie,
Enfante les héros, suscite les martyrs !…
Mais quoi ! vous renîrez la prière profane,
Qui, dans le deuil commun, à la vôtre s'unit !
Que votre aveugle foi sans pitié nous condamne,
C'est bien !… notre raison vous aime et vous bénit !