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1871

LES PRINCES D'ORLÉANS

Jules BARBIER

« Faux frère ! dira-t-on ; il rompt enfin la glace ! » — Non !… Je les aime trop, ces Princes, j'en conviens, Pour souhaiter jamais que le trône les fasse Déchoir du rang de citoyens !

Vieux collège, témoin de leurs jeunes années, Tu sais, quand le travail, dans sa fraternité, Vers des buts si divers guidait nos destinées, S'ils pratiquaient l'égalité !

Ce n'était pas encor le temps des mascarades ; Loin de les décerner, ils remportaient les prix ; Les Princes n'avaient pas alors pour camarades Les huit collèges de Paris.

Même, je me souviens d'un drame humanitaire Où l'un d'eux, avec moi, prônant nos droits conquis, De toutes les vertus parait le prolétaire, Et vilipendait le marquis.

J'ai le cœur assez haut, dut un regard oblique Blâmer ces amitiés d'enfance et m'en punir, Pour saluer d'un cri joyeux la République, Sans renier leur souvenir. —

Qu'ont fait ces fils de roi ? Comme l'aiguille au pôle, Pour sauver le pays ils vont droit au drapeau ! Ils entrent dans le port, sans aigle sur l'épaule. Et sans appât dans leur chapeau.

Chacun a ses façons de descendre à Boulogne : Aux budgets à venir d'un Empire naissant Les uns apporteront leurs dettes sans vergogne, Les autres apportent leur sang !

La République alors les adjure et leur crie : « Princes, en votre honneur la France ose espérer ! » Vous venez pour défendre et venger la patrie, » Et vous allez la déchirer !… »

La France espérait bien !… Leur âme en vain s'élance, Vers ces champs de bataille où d'autres tomberont ! On les voit essuyer une larme en silence, Et partir, la pâleur au front !

Voilà tous leurs complots : le courage et les larmes. C'est l'amour du pays qui les avait armés ; C'est l'amour du pays qui fait tomber leurs armes, Sans même qu'ils se soient nommés !

S'ils avaient cependant engagé leur parole, On pouvait accueillir sans peur leur dévoûment ; Pour ces cœurs-là l'honneur n'est pas un mot frivole : Ils savent tenir un serment !

Résignés, et soumis à cette loi fatale, En fuyant la patrie ils s'en ouvrent l'accès ; Ils réclament leur part de la terre natale, Non en princes, mais en Français !

L'aigle seul est dressé pour la guerre civile !… Si la France leur crie encore : halte-là ! Leur mot de passe est prêt : Vera-Cruz ! dit jonville, D'Aumale répond : la Smala !

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