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1871

LES PIGEONS

Jules BARBIER

Messagers de la France, Allez, blancs voyageurs, Et de la délivrance Annoncez l'espérance !

Promettez des vengeurs ! Ranimez les courages ! Volez, fendez les airs, A l'abri des naufrages,

Par de là les orages, Au-dessus des éclairs ! En vain l'oiseau de proie D'un œil perçant vous suit ;

Que votre aile avec joie Dans les cieux se déploie… C'est Dieu qui vous conduit ! Bravez les balles vaines ;

Suivez votre souci ; Passez les monts, les plaines Allez où sont vos peines… Et les nôtres aussi !

Volez, oiseaux fidèles, Seuls amis des Français ! Vous portez sous vos ailes Les premières nouvelles

De nos premiers succès ! Far vous la France crie : « Ma racé de vainqueurs » N'est pas encor tarie !… »

Vous portez la patrie ! Vous rapprochez les cœurs ! La colère divine, Un jour, nous dévolut

L'aigle, Dieu d'origine ; Il fut notre ruine ; Soyez notre salut ! En vous hâtant vers celle

Qui reste au pigeonnier, Vous croyez que c'est elle Qui pleure et vous appelle ?… Non ! c'est un peuple entier !

Tout un peuple en alarmes, Qui vous guette au réveil ! Faites, à ce bruit d'armes, Luire à travers ses larmes

Un rayon de soleil ! — « C'est un ramier !… » va croire, En le suivant des yeux, Un nocher de la Loire ;

Non ! c'est une victoire Qui passe dans les cieux !

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