Messagers de la France,
Allez, blancs voyageurs,
Et de la délivrance
Annoncez l'espérance !
Promettez des vengeurs !
Ranimez les courages !
Volez, fendez les airs,
A l'abri des naufrages,
Par de là les orages,
Au-dessus des éclairs !
En vain l'oiseau de proie
D'un œil perçant vous suit ;
Que votre aile avec joie
Dans les cieux se déploie…
C'est Dieu qui vous conduit !
Bravez les balles vaines ;
Suivez votre souci ;
Passez les monts, les plaines
Allez où sont vos peines…
Et les nôtres aussi !
Volez, oiseaux fidèles,
Seuls amis des Français !
Vous portez sous vos ailes
Les premières nouvelles
De nos premiers succès !
Far vous la France crie :
« Ma racé de vainqueurs
» N'est pas encor tarie !… »
Vous portez la patrie !
Vous rapprochez les cœurs !
La colère divine,
Un jour, nous dévolut
L'aigle, Dieu d'origine ;
Il fut notre ruine ;
Soyez notre salut !
En vous hâtant vers celle
Qui reste au pigeonnier,
Vous croyez que c'est elle
Qui pleure et vous appelle ?…
Non ! c'est un peuple entier !
Tout un peuple en alarmes,
Qui vous guette au réveil !
Faites, à ce bruit d'armes,
Luire à travers ses larmes
Un rayon de soleil ! —
« C'est un ramier !… » va croire,
En le suivant des yeux,
Un nocher de la Loire ;
Non ! c'est une victoire
Qui passe dans les cieux !