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1871

LES MARTYRS

Jules BARBIER

Les habitants avaient déserté le village, Affolés de terreur ; arrivent les Prussiens. C'est la nuit. L'officier fait mander par les siens Le maire, homme de cœur, déjà courbé par l'âge.

« Il me faut, lui dit-il, telle somme d'argent… » Ne me répliquez pas, et soyez diligent ! » — « Où la trouver ? » dit l'autre. — » Il ne m'importe guère !

» Où vous voudrez !… » — » Mais quoi ! dit encor le vieillard, » Le village est désert ; ce serait grand hasard » Qu'un denier s'y trouvât, épargné par la guerre ! »

— » Cherchez-moi cet argent, vous dis-je, et de ce pas ! » Ou sinon… — » Je vous dis que je ne l'aurai pas ! » Le Prussien furieux, du plat de son épée,

Le soufflette !… — » A genoux !… qu'on le fusille !… » Dieu !… En Prusse, le soldat devient une poupée,

Qui vous tue en trois temps : arme, ajuste, fait feu !… Le vieillard est gisant. Sa fille en ce repaire Accourt au bruit, regarde aux clartés d'un flambeau Chancelle, et tombe morte à côté de sors père !…

Hélas ! pauvres martyrs, avez-vous un tombeau ?… — J'ignore de quel nom cet officier se nomme ; Mais c'était, m'a-t-on dit, un élégant jeune homme ; Peut-être de ceux-là qu'aux Eaux de l'Empereur,

A Hombourg, l'an dernier, j'ai vu sourire aux belles, Et jaser, et flirter, sans trouver de rebelles, Le sabre leur battant les talons !… O fureur !

O rage inassouvie où passe toute l'âme !… Tenir cet homme… et là, le genou sur son sein, Fustiger, labourer ce visage assassin De soufflets !… entends-tu ?… te souffleter, infâme !

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