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1871

LES ÏAMBES

Jules BARBIER

Toi qui ressuscitas la forme rajeunie De l'ïambe retentissant, Que ne te suis-je proche encor par le génie, Comme je le suis par le sang !

Ah ! c'est toi qu'il fallait à la France navrée. Pantelante, livrée aux chiens ! Le fouet qui fustigea la meute à la curée Eût été bon pour les Prussiens !

Mes vers n'ont effleuré que d'une insulte vaine— Ce Guillaume un moment vainqueur ; Jamais il n'atteindront au niveau de la haine Qui s'amoncelle dans mon cœur !

Te dirai-je ma crainte ?… A voir 'changer de rôles Nos envahisseurs envahis, J'ai peur qu'au premier jour quelques-uns de ces drôles Ne retournent dans leur pays !

Morts ou vivants, il faut qu'ils nous restent !… Nos plaines Auront les morts ad æternum ; Les vivants serviront à remplacer les hyènes, Dans les cages du Muséum.

Voilà ce que ton vers, en ses ardentes flammes, Dirait à ces Huns au poil roux, A ces bandits pleurards, à ces tueurs de femmes, A ces saints voleurs de bijoux !

Ah ! retrouve en ton cœur l'accent qui vaut des armes ! Chante et maudis comme autrefois ! Je m'arrête épuisé ; la fureur et les larmes Ont fini par briser ma voix !

Sa vigueur s'est usée à raconter l'histoire De leurs forfaits, de nos revers ; Elle sera sans force a chanter la victoire Que je devance dans mes vers !

Fais entendre la tienne, éclatante et sonore, Dans le tumulte du combat !… Quand Tyrtée est en nous et peut chanter encore, Le poète vaut le soldat !

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