C'est la fête de Fritz !… Il faut une victoire Au zèle de ses courtisans ! On fait par des uhlans massacrer, après boire, Quelques bandes de paysans !
Le myrte et le laurier composent les offrandes Dont on embellit son séjour ; On suspend aux maisons de champêtres guirlandes, Où s'attachent des lacs d'amour !
Fête au palais de Fritz ! fête dans les familles ! Par les mains de Vénus armé, C'est le prince charmant, rêvé des jeunes filles, Le Fritz vainqueur et bien-aimé !… —
Faites-mieux ! Vous avez les jardins de Versailles ; Neptune, en son lit de roseaux, Semble rire à Latone, en son lit de rocailles ; Faites jouer les grandes eaux !…
Que la fête de Fritz aux gens de la province Donne un spectacle exempt d'effroi ! On peut ressusciter en l'honneur d'un grand prince Les nobles plaisirs d'un grand roi !…
Dans cette onde, ô Prussiens, plongez ces mains impures Où tant de forfaits sont tracés ! Il faut les grandes eaux pour les grandes souillures : Vous n'en aurez jamais assez !…
Ah !… voilà que le ciel est aussi de la fête !— Il roule ses nuages gris, Comme un dais de velours suspendu sur la tête De votre incomparable Fritz !
Voici la pluie !… enfin !… une averse d'automne, Peut-être ?… non ; rare d'abord, Elle envahit l'espace, et tombe, monotone, Partout, sans trève, au sud, au nord,
Au levant, au couchant ! Elle tombe compacte ; Elle pénètre jusqu'aux os ; Elle tombe en cascade, en fleuve, en cataracte ; Ah ! les voila les grandes eaux !
Qu'en dites-vous, Prussiens ?… Voyez ! les monts ruissellent ; Les nuages silencieux, Escadrons menaçants, surgissent, s'amoncellent, Courent, escaladent les cieux !…
Encor, toujours !… — Là-bas, sur la terre allemande, Le foyer, le feu de sarment, La table au linge blanc et l'enfant qui demande Chants et baisers en s'endormant !…
Quel rêve n'est-ce pas ?… et quelle douce image. Quand. frissonnant et mal couvert, La pluie, à flots pressés, vous fouette le visage. Avec les premiers vents d'hiver !…
Mais— quoi ! Les grandes eaux accomplissent leur tâche ; C'est la fête de Fritz !… — Demain, Elles vont devenir, si novembre se fâche. Neige et verglas sur le chemin !…
Puis le dégel !… Alors les routes effondrées. Les fleuves grossis en un jour ; Le livide typhus, entre ses dents serrées, Donnant le signal du retour !…
Et ces fiers escadrons de Fritz et de Guillaume Embourbés, engloutis, errants ; Et la Bérésina passant comme un fantôme Devant le regard des mourants !…
C'est la fête de Fritz !… Enflés de vos conquêtes, Avec orgueil célébrez-là ! — Ah ! c'est des grandes eaux que vous parez vos fêtes ? Eh bien, mes amis, les voilà !…
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