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1871

LES ESPIONS

Jules BARBIER

En France on meurt pour la patrie. On espionne en Prusse !… bien ! Nos mépris pour cette industrie Semblent étonner le Prussien.

A Berlin, quand on est en âge, Les travaux d'écolier finis, On entre dans l'espionnage. Comme dans les droits réunis.

On y risque des algarades… Mais, si l'on a quelque bonheur, On y peut conquérir ses grades Avec des potences d'honneur !

« Va te battre !… » dit la Française Dans un élan de passion ; La Prussienne, en se pâmant d'aise, Dira : « Va te faire espion ! »

Les plus grands comme les plus minces ; Nous viennent tendre leurs filets ; Tels, qui là-bas étaient des princes, Deviennent ici des valets !

Bismark, pour entrer en campagne, D'une bible les a munis ; Leur père a dit : « Dieu t'accompagne !… » Et leur mère les a bénis !

C'est le termite, qui nous mine Jusque sous l'ombre du drapeau ; C'est la lèpre, c'est la vermine, Qui se faufile sous la peau !

S'ils meurent, sur leur cénotaphe On montre à ceux qui vont partir Cette glorieuse épitaphe : « Ci-gît un espion martyr ! »

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