En France on meurt pour la patrie.
On espionne en Prusse !… bien !
Nos mépris pour cette industrie
Semblent étonner le Prussien.
A Berlin, quand on est en âge,
Les travaux d'écolier finis,
On entre dans l'espionnage.
Comme dans les droits réunis.
On y risque des algarades…
Mais, si l'on a quelque bonheur,
On y peut conquérir ses grades
Avec des potences d'honneur !
« Va te battre !… » dit la Française
Dans un élan de passion ;
La Prussienne, en se pâmant d'aise,
Dira : « Va te faire espion ! »
Les plus grands comme les plus minces ;
Nous viennent tendre leurs filets ;
Tels, qui là-bas étaient des princes,
Deviennent ici des valets !
Bismark, pour entrer en campagne,
D'une bible les a munis ;
Leur père a dit : « Dieu t'accompagne !… »
Et leur mère les a bénis !
C'est le termite, qui nous mine
Jusque sous l'ombre du drapeau ;
C'est la lèpre, c'est la vermine,
Qui se faufile sous la peau !
S'ils meurent, sur leur cénotaphe
On montre à ceux qui vont partir
Cette glorieuse épitaphe :
« Ci-gît un espion martyr ! »