Salut, premier jour de l'année ! Porte les vœux d'un cœur navré A ceux de qui la destinée Me tient encore séparé !
Heure de joie, heure effacée, Qui l'an dernier nous réunis, Je te revois par la pensée !… L'orage a dispersé les nids !
Sourires, bonheurs éphémères !… Où sont-ils les cris triomphants, Les doux embrassements des mères, Les baisers joyeux des enfants ?…
Il a fallu qu'un roi Guillaume, Avec son peuple d'estafiers, Sortît botté de son royaume Pour fouler nos cœurs sous ses pieds !…–
Ah ! viens chasser ces ombres vaines, Chère compagne de mes jours ! Fais planer plus haut que mes haines Le souvenir de nos amours !
Pauvre âme !… La voilà qui pleure !… Ils ont sans doute, les bandits, Fait un enfer de la demeure Qui fut pour elle un paradis !
L'arbuste qu'on planta soi-même, La fleur qu'on sauva des hivers. Le jardin, la maison qu'on aime, Et dont on fit son univers !
Le noyer penché sur la route !… Que sais-je ?… mille riens charmants ; Tout cela saccagé sans doute !… Ruines et débris fumants !…
Et toi, vieux portrait Je famille, Tableau mal peint, mais adoré !… Et vous, meubles de jeune fille !… Un uhlan s'y sera vautré !
Puis, épouvantables pensées ! Paris vainement défendu ! De chères têtes menacées !… Des Mots de sang !… Tout est perdu !…
— Non !… quelle est cette terreur folle ? Calme-toi, reprends tes esprits ! Non ! je t'en donne ma parole, Ces gueux ne prendront pas Paris !
Vois si ma tendresse inquiète Eut tort d'épargner à ton cœur Les angoisses de la tempête, Au risque d'un regard moqueur !
Hélas ! quand pour d'autres je tremble. Fallait-il donc trembler pour toi ?… Notre exil au moins nous rassemble ; Le malheur glissera sur moi !
La sottise ou la calomnie Peuvent regarder de travers Cette main à la tienne unie… Je laisse répondre mes vers !
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