Enfin !… une victoire a relevé nos armes ! Un jour heureux nous luit, après trois mois de larmes ! Les petits-fils de ceux qui furent des géants, Dans un élan superbe, ont repris Orléans !
Emporté les canons Prussiens à l'arme blanche !… Le sort est conjuré : voici notre revanche ! Car il ne s'agit pas seulement du salut ; On vous l'a dit, soldats ; la revanche est le but !
La France (sans chercher d'inutiles batailles), Ne peut faire la paix qu'après les représailles ! Peut-être est-il des gens pétris d'humanité Dont ce mot blessera la sensibilité.
Eh ! quoi ?… Soyons Français, avant d'être sensible ! Cette guerre a rendu le pardon impossible. Strasbourg est dépassé ! Par les crimes commis Nous pouvons aujourd'hui juger nos ennemis.
L'histoire en fera foi, ces chenapâns infâmes Ont brûlé dans leur lit de pauvres vieilles femmes ; Traîné, pour essayer des supplices nouveaux, Nos mobiles mourants aux crins de leurs chevaux ;
Précipité, broyé, pareils aux cannibales, Des blessés dont le corps était troué de balles ; Massacré des convois de prisonniers, au seuil De leurs propres maisons, dans leur village en deuil ;
Dévasté, saccagé, pillé, pour leurs maîtresses, Pour rien, par passe-temps, au gré de leurs ivresses ; Enfin, comme auraient fait les chauffeurs d'autrefois ; Assassiné, volé la France au coin d'un bois !…
Que voulez-vous de plus, vous qu'un mot effarouche Mieux encore ! greffant Tartuffe sur Cartouche, Ces braves gens, si prompts à nous dévaliser, Ont pour but, disent-ils, de nous moraliser !
La fin rend, comme on sait, les moyens légitimes ; Et l'on rend grâce à Dieu d'avoir béni des crimes ! Et ces brutes du Nord, sous leurs crânes épais, En seraient aujourd'hui quittes avec la paix !…
Non ! j'en appelle à toi, Dieu, justice éternelle, La guerre sainte après la guerre criminelle ! Les mêmes cruautés ne suivront point nos pas ; — Les Français ont un cœur ; les Prussiens n'en ont pas, –
Mais il faut, en dépit d'une pitié vulgaire, Sur leur propre terrain leur reporter la guerre ! Assurons l'avenir, dont l'Europe s'émeut !… Dieu des rois !… c'est le Dieu des peuples qui le veut !
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