On vous fête, on vous acclame, Soldats de la liberté ; Vos cœurs, que l'honneur enflamme, Rêvent d'immortalité !
Les croix, glorieux insignes, Récompensent les efforts Des plus vaillants, des plus dignes… Mais que fait-on pour les morts ?
Dès longtemps cette pensée A tourmenté mon esprit ; Avec leur cendre glacée Est-ce donc que tout périt ?
On jette une grande phrase Au héros enseveli ; Puis le silence l'écrase Dans l'abandon et l'oubli !
La France, quand elle honore Les plus illustres des siens, Semble pratiquer encore Le Vae victis des anciens !
Ses enfants courent aux armes Sans regrets ni repentirs… Pourquoi donc borner aux larmes, Ce qu'on doit à ces martyrs ?
Faites cette part suprême De victoire et de bonheur : Si leur vertu fut la même, Ils ont droit au même honneur !
Croyez-vous l'âme immortelle, Ou perdue aux quatre vents ? Vivante ?… alors que n'a-t-elle Le partage des vivants ?
Cette croix dont les poitrines Se parent avec orgueil Aura des clartés divines Pour les ombres du cercueil !
C'est un souci qui me navre, Et dont j'ai le cœur troublé, Que ce malheureux cadavre Ne puisse être consolé !
Qu'il n'ait, ô douleur amère ! Pour couronner son destin, Que les larmes d'une mère, Dans un village lointain !… —
Il appartient à la France, Qui ne désespère pas, De donner cette espérance Aux angoisses du trépas !
Je demande la croix morte Pour les preux qui tomberont ; Us ne sont plus là !… qu'importe ? Leurs mères la garderont !
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