Skip to content
1871

LA COUR DES MIRACLES

Jules BARBIER

Eh bien ! vous ne le croiriez pas ? Les choses sont pourtant certaines Ce ne sont pas tant les soldats Qui volent que les capitaines !

Oui, tous ces brillants officiers, Ces hobereaux, ces gentillâtres, Si hautains qu'ils en sont grossiers Dans leurs salons et leurs théâtres ;

Tous ces nobles à parchemin, Qui passent dans le paysage, Le nez en l'air, et de la main Frappent leurs soldats au visage ;

Tous ces magnifiques seigneurs, Exempts de peur et de reproches, Couverts de grades et d'honneurs, Garnissent volontiers leurs poches !

Ils prennent, d'un soin diligent, (C'est la consigne universelle), Les montres, les bijoux, l'argent… Ils daignent casser la vaisselle.

Les propriétaires jaloux Peuvent se plaindre ; on les assomme Bref, une guerre de filous !… N'est-ce pas que c'est gentilhomme ?

Transformer en gage d'amour Un cachemire qu'on dérobe ; Pour les tendresses du retour, Emballer notre garde-robe !

Et, plus tard, quels étonnements, Quand nos belles patriciennes Reconnaîtront leurs diamants Au cou des baronnes prussiennes !…

Cela sert d'exemple au vilain, Pour qui les grands sont des oracles. – On disait : la cour de Berlin' ; On dira : la cour des miracles !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LA COUR DES MIRACLES · Jules BARBIER · Poetry Cove