Ah ! nous aurons vécu d'éternelles années !… Victoire insaisissable ! injurieux destin ! Triomphes décevants ! gloires empoisonnées ! Espérances d'un jour que le soir a données,
Qu'emporte le matin ! Quoi ! Français ! le hasard vous fera cet outrage ? Quoi f la brutalité de ces hordes sans nom Aura fait reculer votre héroïsme ?… O rage !
Vous avez le bon droit, vous avez le courage Ils n'ont que le canon ! Orléans retombé dans-leurs mains !… et dans l'ombre Les dévastations, le pillage et la mort !
Nos malheureux soldats écrasés sous le nombre ! Dieu juste ! veux-tu donc que le navire sombre, Quand nous touchions au port ? Et Guillaume, adorant ta puissance infinie,
Dans sa piété fauve, encense tes autels ; Et cette royauté se redresse impunie ; Et sur mon propre cœur ma sanglante ironie Retombe en traits mortels !
Et les rois, ses vassaux, entreront en campagne Et quelque jour peut-être un sol républicain Le verra couronner empereur d'Allemagne ; Et ce prince enivré se croira Charlemagne,
Ou du moins Charles-Quint ! — Non ! la force ne peut anéantir l'idée !… Sur une foi nouvelle un nouveau jour a lui. Puissance des Césars, par le glaive gardée,
Quand, du haut de sa croix, Jésus t'eut regardée Le monde fut à lui ! Que les princes, les rois, et l'Allemagne entière. Glaives, canons, fusils, soldats et nation
Se rassemblent ; l'esprit brisera la matière, Et tu feras tomber ces foules en poussière. O Révolution ! Non, je ne doute pas ; et mon ardente veille,
En enflammant ces vers, a ranimé m'a voix ! La nuit a raffermi mon âme, et la conseille ; Et je m'écrie, avec Pauline de Corneille : Je vois ! je sais ! je crois !
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