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1871

L'ÉCLIPSÉ

Jules BARBIER

La flamme se propage et s'étend ; l'incendie Menace de tout embraser ! L'Europe voit surgir une race hardie, Qui semble prête à l'écraser !

Du Danube au Dniéper, de la Tamise au Tibre, Courent des oscillations ; La chûte de la France emporte l'équilibre Qui soutenait les nations !

O vous qui demeuriez, sous d'inutiles armes, Les froids témoins de ses malheurs, Comprenez-vous, enfin, que de vos propres larmes Il vous faudra payer ses pleurs ?

Tout se rompt, tout s'ébranle !… au gré de la tempête, Tout l'édifice est emporté !… Peuples, comprenez-vous que la France est la tête Et le cœur de l'humanité ?

Telle, quand le soleil s'éclipse et sur le monde Cesse de répandre le jour, La nature s'émeut d'une angoisse profonde. Dans l'attente de son retour.

Tout dépérit, tout meurt ; la vie et la lumière Semblent disparaître à la. fois Les fauves seulement sortent de leur tanière, Et rugissent au fond des bois !

Sur la terre, plongée en des ombres funèbres. Règne un effroi silencieux, Jusqu'au moment où l'astre, émergeant des ténèbres, Reprend possession des cieux. !

Tout se ranime alors : la nature oppressée Renaît ainsi qu'elle expira… — Soleil des nations, la France. est éclipsée !… Peuples, l'éclipse passera !

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