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1871

L'AURORE BORÉALE

Jules BARBIER

Le silence régnait dans les cieux assombris, Flots noirs semés de blanches voiles : On eût dit un linceul étendu sur Paris : Pour larmes d'argent, des étoiles !

Et d'un vague regard je sondais l'horizon, Morne et sombre comme mon âme ; Et je vous revoyais, jardin, foyer, maison !… Quand soudain jaillit une flamme,

Pâle d'abord, jetant ses douteuses clartés Eh larges rayons divisées, Se déroulant dans l'ombre en rubans argentés Brodés de lueurs irisées ;

Grandissant, s'effaçant, se ravivant encor, Variant sa forme première, Envahissant le ciel de ses effluves d'or, Comme un éventail de lumière !

Muet, je contemplais cet Océan de feu, Mesurant le peu que nous sommes, Rassérénant mon âme au spectacle de Dieu, Aveugle au spectacle des hommes !…

Mais voilà que le ciel, noyé d'un rouge ardent. Se voile de teintes funèbres ; De l'Orient au Nord, du Nord à l'Occident, Le sang coule dans les ténèbres !

O terreur ! je l'ai vu !… J'ai vu devant mes yeux Passer cette effroyable houle ! Le sang a ruisselé dans la largeur des cieux !… O Dieu ! quel est ce sang qui coule ?

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