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1871

L’AUMÔNIER DU ROI

Jules BARBIER

J'use en vain à rimer cette lugubre histoire Et mes jours et mes nuits. Précipitant leur cours, Les crimes dont je veux assurer la mémoire Vont plus vite cent fois. que mes nuits et mes jours !

Ces bandits s'apprêtaient à passer par les armes Un malheureux Français, — il n'importe pourquoi : Pour un mot mal sonnant, peut-être, ou pour des larmes ! — Un pasteur se rendit chez l'aumônier du roi,

L'adjura d'obtenir la grâce. du coupable. Son confrère, l'ayant froidement écouté, Lui répondit d'un cœur léger, calme, implacable. « S'il est puni de mort, c'est qu'il l'a mérité.

» Pas de clémence ! Au roi je le disais naguère : » Entre la France et nous, Monsieur, c'est une guerre » Au dernier sang ! » — « Monsieur, dit le pasteur, je voi » Que vous ne servez pas le même Dieu que moi !… »

Il est vrai, ce n'est pas le Dieu de l’Évangile, C'est le Dieu de Guillaume ; un Dieu pour les uhlans ! Un de ces Dieux pétris et de sang et d'argile, Qui maintiennent les rois sur leurs trônes tremblants !

C'est le Dieu des combats, du meurtre et du pillage, A qui le cannibale offre ses prisonniers ; C'est le Dieu que Guillaume a fait à son image, Et qui méritait bien de pareils aumôniers !

Ce Dieu s'est révélé tout entier dans l'apôtre : Qui, certe, au dernier sang !… mais ce sera le vôtre !

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