Un charlatan, coiffé d'un casque et sabre en main, Est debout sur son char, au milieu du chemin. Il arrache les dents ; son existence errante S'emploie à soulager l'humanité souffrante.
Son zèle pour Bacchas se devine a son né ; Derrière lui se carre un valet galonné, Prêt à jouer de l'orgue. En habits de princesse, Modestement assise, Augusta tient la caisse.
— « Militaires, bourgeois et la société ! » J'appelle à moi les cœurs de bonne volonté ; » Quiconque en vos esprits tenterait de me nuire » N'est qu'un sot maladroit qui cherche à vous séduire !
» C'est pour votre bonheur que je viens en ce lieu, » Et mon sabre guérit… par la grâce de Dieu ! » Quand mes clients encor n'en ont pas l'habitude, » Ce sabre leur inspire un peu d'inquiétude,
» Je le sais !… mais cela sied-il aux gens d'esprit ? » Mon sabre ne fait pas de mal, puisqu'il guérit ! » Victimes, m'a-t-on dit, d'une imposture énorme… » Vous avez, avant moi, tâté du chloroforme ;
» Un charlatan vulgaire et des plus— impudents » A, par son spécifique, endommagé vos dents ! » Je viens les arracher !… que dis-je ?… les extraire ? » Ne jugez pas de moi par ce triste confrère.
» Le chloroforme peut amener un malheur ; » J'ai mon sabre, il suffit ! J'opère… sans douleur !… » Voyez, car je m'adresse au pauvre comme au riche, » Les dents du Danemark et celles de l'Autriche !
» Les vôtres sont l'Alsace et la Lorraine !… Eh bien ! » Pour cinq milliards, Français ! cinq milliards ! c'est pour rien » Je vous en débarrasse, et sans anesthésique !… » Cinq milliards !… je lai dit ! cinq !… allez, la musique ! »
Maître Guillaume parle, et Bismark aussitôt Tourne sa manivelle avec un œil dévôt, Et couvre les clameurs du patient qui crie D'un air cher aux Français : Partant pour la Syrie !
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