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1871

L'ARMÉE DES MORTS

Jules BARBIER

Leurs files passaient, grises de poussière ; Les tambours battaient, les clairons sonnaient ; La terre et le ciel étaient sans lumière ; Les drapeaux troués au vent frissonnaient.

Soldats et chevaux, légions sans nombre, Chariots roulant avec des bruits sourds, De l'ombre sortis, s'enfonçaient dans l'ombre ; Ils passaient encore, ils passaient toujours !

Un vieux paysan, qui brûlait ses gerbes, Pour n'en rien laisser aux bandits Prussiens, Dit : c'est Mac-Mahon !… Ces drapeaux superbes Palpitent de haine, et ce sont les siens !…

Non ! Ce n'était pas cette renommée. Ce brave suivi de ses braves… non ! O Prussiens, c'était l'innombrable armée Des morts qu'éveillait la voix du canon ;

Des morts d'autrefois, de ceux qu'enveloppe Un linceul de gloire, et qui dormaient là, Tombés sous les coups de toute l'Europe, Tombés en chassant les Huns d'Attila !

Tous s'étaient levés au bruit de la foudre ; Et cette poussière, où de leurs drapeaux S'effaçaient les plis, n'était que la poudre Qu'amasse le temps au fond des tombeaux !

Foulez maintenant ce sol qu'ils défendent ; Contre les vivants redoublez d'efforts ; Ces tombeaux ouverts demain vous attendent ; Pour vous y pousser nous avons les morts !

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