Leurs files passaient, grises de poussière ;
Les tambours battaient, les clairons sonnaient ;
La terre et le ciel étaient sans lumière ;
Les drapeaux troués au vent frissonnaient.
Soldats et chevaux, légions sans nombre,
Chariots roulant avec des bruits sourds,
De l'ombre sortis, s'enfonçaient dans l'ombre ;
Ils passaient encore, ils passaient toujours !
Un vieux paysan, qui brûlait ses gerbes,
Pour n'en rien laisser aux bandits Prussiens,
Dit : c'est Mac-Mahon !… Ces drapeaux superbes
Palpitent de haine, et ce sont les siens !…
Non ! Ce n'était pas cette renommée.
Ce brave suivi de ses braves… non !
O Prussiens, c'était l'innombrable armée
Des morts qu'éveillait la voix du canon ;
Des morts d'autrefois, de ceux qu'enveloppe
Un linceul de gloire, et qui dormaient là,
Tombés sous les coups de toute l'Europe,
Tombés en chassant les Huns d'Attila !
Tous s'étaient levés au bruit de la foudre ;
Et cette poussière, où de leurs drapeaux
S'effaçaient les plis, n'était que la poudre
Qu'amasse le temps au fond des tombeaux !
Foulez maintenant ce sol qu'ils défendent ;
Contre les vivants redoublez d'efforts ;
Ces tombeaux ouverts demain vous attendent ;
Pour vous y pousser nous avons les morts !