O Jeanne, je t'aimai dès longtemps entre toutes ! Ange du dévoûment, Ta foi naïve et pure illumina mes doutes De son rayonnement !
Jeune homme, j'eus pour toi ce respect qui défie Toute contagion ; Je te donnai mon âme, et tu fus pour ma vie Une religion !
De tes saintes jamais je n'outrageai la gloire D'un sourire moqueur, Et ce que ma raison se refusait à croire Agréait à mon cœur !
Aujourd'hui, la cité, qui, par toi défendue, Conjura le danger, Se prosterne à tes pieds, encor tout éperdue Du joug de l'étranger !
Cet effroyable orage a passé sur sa tête !… Son âme se souvient Que c'est toi qui jadis as chassé la tempête ; C'est à toi qu'elle vient !
Elle vient te conter le réveil de nos armes, Après tant de douleurs ; Les hommes ont des chants, les femmes ont des larmes, Les enfants ont des fleurs !
O vierge, elle te rend grâce de sa victoire Et t'invoque à genoux, Comme si, traversant les âges, ta mémoire Eût combattu pour nous !
Il semble que, fêtant deux fois sa délivrance, Orléans vienne encor Entonner avec toi ce chant de l'espérance : Le Veni creator !
O spectacle touchant, que devant ton image, D'un siècle peu chrétien L'incrédulité même apporte cet hommage Aux croyances du tien !
Ah ! c'est qu'il est un Dieu qu'on adore et qu'on prie Hors même du saint lieu ! Il unit tous les cœurs, il s'appelle Patrie, Et fut aussi ton Dieu !
Par le supplice infâme à l'homme il se révèle ; On le crucifia ; Et notre Marseillaise est d'une croix nouvelle Le Veni Patria !
O Jeanne ! Avec Jésus, jusqu'au milieu des flammes, Il suivit tes vingt ans !… Et c'est pourquoi ton nom, cher à toutes les âmes, Sera de tous les temps !
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