De sorte, ami Bismark, et toi, prince invincible, Que vous croyez tous deux cette chose possible ? Que vous imaginez simplement, bonnement, Qu'on peut naître Français et mourir Allemand ?…
Eh bien, je vous le dis, quittez cette espérance. Non ! l'on n'a pas vécu des gloires de la France, On ne fut pas le glaive et le verbe enflammé Qui jadis ont soumis le monde et l'ont charmé :
On n'a pas, comme un phare, illuminé la terre Du cœur de Poquelin, du cerveau de Voltaire ; On ne s'appelle pas la grande nation. L'honneur, la liberté, la révolution,
Pour descendre jamais à ce dessin grotesque De parler un français entaché de tudesque, Et de courber l'échine en serviteur tremblant Sous la brutalité d'un burgrave insolent !
On n'est pas le pays qui porta dans son âme, Même jusqu'à l'excès, le culte de la femme, Pour former, (si vos rois doivent en être crus), De maussades amants et des maris bourrus !
(Sans vouloir à ces traits ajouter quelque chose, Des soupirs allemands je me tais, et pour cause !) On n'a pas de Vatel allumé les fourneaux Pour manger avec vous des harengs aux pruneaux !
On ne craint pas vos choux plus que vos docteurs même Pour fumer, ô terreur ! des cigares de Brême, En écoutant un Strauss philosophe et braillard ! On n'est pas le soleil pour devenir brouillard !…
Non, Bismark ! non, Guillaume !… Et d'un mot je résume Toutes ces vérités qui courent sous ma plume, On n'a pas une voix, fût-elle ivre de gin, Une âme, un cœur français, pour vous dire : Ich danke ihnen
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