Des enfants de quinze ans ! des vieillards de soixante ! Un troupeau voyageur Marchant à l'abattoir, victime obéissante !… Est-ce-vrai, Dieu vengeur ?
Puis les femmes, suivant le fils, l'époux, le père, Sur un sol étranger ! — Hélas ! l'homme parti, la femme désespère ! L'enfant voudrait manger !
Voilà, voilà par qui vos hordes sont accrues. O bourreaux sans remords ! Princes et rois, voilà les nouvelles recrues Qui remplacent vos morts !
Ah ! je n'y puis durer ! l'horreur est dans mon âme ; Ma force me trahit, Et malgré leur fureur, leur mitraille et leur flamme, La pitié m'envahit !
Mais, lorsque nos Français vous verront sous vos armes Si jeunes ou si vieux, Les fusils tomberont de leurs mains, et les larmes Jailliront de leurs yeux !
Que voulez-vous ? ils ont ces scrupules infâmes, Vaincus ou triomphants, D'épargner les vieillards, de protéger les femmes, De sauver les enfants !
Ainsi, sans autre but et sans autre espérance, Vos maîtres obéis. Pour l'unique plaisir d'assassiner la France, Dépeuplent leur pays !
Ils veulent que la proie, à leurs pieds abattue, Expire en frissonnant !… Ah ! vous le voyez bien qu'il faudra qu'on vous tue, Même en se détournant !
Il le faudra !… — Mais vous qui faites cette guerre, Pour en payer le prix, Rites, est-il assez de haine sur la terre, De haine et de mépris ?
O Guillaume, ô Bismark, pour conter votre gloire Aux générations, Est-il assez d'opprobre at» livre de l'histoire, Et d'imprécations ?
De palais consumés en vos propres royaumes Pour nos hameaux détruits ; De remords pour vos jours, et de pâles fantômes Pour l'ombre de vos nuits ?
Assez de Némésis, assez de gémonies Pour votre cruauté ? Et, pour votre âme, au sein des douleurs infinies, Assez d'éternité ?…
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