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1871

A GAMBETTA

Jules BARBIER

Gambetta, noble esprit, grande âme !… le supplice Va commencer pour toi ; Ta bouche épuisera tout le fiel du calice ! C'est le sort des martyrs qui tombent dans la lice,

Victimes de leur foi ! Complice de la peur, la calomnie est prête. Le mensonge rampant Par un vague murmure annonce la tempête ;

L'ingratitude aveugle agite sur ta tête Sa langue de serpent ! De ceux qui pour devise ont pris le mot DÉFENSE, Dont la main a saisi

Ce pouvoir déserté par un prince en enfance, C'est toi, le plus ardent, que poursuit leur offense ; C'est toi qu'ils ont choisi ! Prodigue leur ta vie, en cette ardeur sublime !

Si, du ciel écrasé, Tu fléchis sous le faix, ta chute devient crime : Et l'on t'accusera d'avoir ouvert l'abîme Que l'empire a creusé !

Cet empire à nous perdre aura mis vingt années, Suivant en paix son cours ; Toi, réparant d'un coup nos forces ruinées, Tu dois, lorsque tu prends en main nos destinées,

Nous sauver en trois jours ! Ainsi l'on te condamne en paroles d'oracle ! C'est encore trop peu Du prodige accompli dont l'étonnant spectacle

Tient l'Europe en suspens… Il leur faut un miracle Qui n'appartient qu'à Dieu ! Quoi ! tu n'as même pas un sabre, et tu te mêles De jouer au soldat !…

Qui donc est-tu ? quel est le nom dont tu t'appelles ?… – République ?… — Malheur à toi, Si tu chancelles. O petit avocat ! C'est elle qu'on poursuit, quand c'est toi que l'on nomme !

Pour ce lâche troupeau, Tuer la République est le grand point, en somme ; Et tout bas' on espère, ayant abattu l'homme, Abattre le drapeau !

O tristesse ! ô dégoût abaissement infâme, Affiché sans pudeur ! Peuple étrange, mêlé de cendres et de flamme, Qui réunit en lui tant de bassesse d'âme

Avec tant de grandeur ! Hélas ! tel est le cœur de l'hétaïre impure, Tel celui des Français ! Au juste qui succombe il prodigue l'injure,

Et, comme une Phryné, volontiers il mesure Son amour au succès ! Ces braves gens sur roi, victime expiatoire, Vengeront leurs écus !

Les écus' et les Dieux courtisent la victoire !… Avec le vieux Caton, moi, je me ferai gloire D'honorer les vaincus !

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