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1831

PROLOGUE

Auguste BARBIER

On dira qu'à plaisir je m'allume la joue ; Que mon vers aime à vivre et ramper dans la boue ; Qu'imitant Diogène au cynique manteau, Devant tout monument je roule mon tonneau ;

Que j'insulte aux grands noms, et que ma jeune plume Sur le peuple et les rois frappe avec amertume ; Que me font, après tout, les vulgaires abois De tous les charlatans qui donnent de la voix,

Les marchands de pathos et les faiseurs d'emphase, Et tous les baladins qui dansent sur la phrase ? Si mon vers est trop cru, si sa bouche est sans frein, C'est qu'il sonne aujourd'hui dans un siècle d'airain.

Le cynisme des mœurs doit salir la parole, Et la haine du mal enfante l'hyperbole. Or donc, je puis braver le regard pudibond : Mon vers rude et grossier est honnête homme au fond.

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