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1870

LE FILS DES HUNS

Auguste BARBIER

Ce sont bien eux toujours, avec leurs mains avares, Leurs yeux rusés, leurs instruments de feu, Toujours des ravageurs farouches, des barbares Frappant partout gens et choses de Dieu.

Strasbourg a beau crier : — Laissez sortir les femmes, Les petits cœurs, les vieux au corps ployé, Tout ce qui ne peut pas vous renvoyer vos flammes ! — Ils restent sourds sans honte, sans pitié.

Un saint évêque dit : — Épargnez les malades, Les murs gardiens des merveilles de l'art, Ma vieille cathédrale aux sublimes arcades, Et dont la flèche émeut tant le regard ! —

Et le cruel Werder répond à sa demande Ces mots affreux : — Point, c'est par la terreur Que j'espère bientôt que le soldat se rende Et sous mes pieds abaisse sa valeur ! —

Et le mortier reprend sa manœuvre infernale, La bombe en feu plane sur les abris, Et tout, bibliothèque, hospice, cathédrale, Jonche le sol de chauds et noirs débris.

Le sang coule à torrent, et si la noble place N'est secourue, hélas ! c'est un tombeau Autour duquel longtemps les filles de l'Alsace Des gens u nord maudiront le fléau.

Horreur ! et voilà bien des siècles qu'on dépense Esprit et cœur pour en arriver là, Pour voir recommencer avec plus de science L'œuvre sans nom des hordes d'Attila !

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