Ce sont bien eux toujours, avec leurs mains avares,
Leurs yeux rusés, leurs instruments de feu,
Toujours des ravageurs farouches, des barbares
Frappant partout gens et choses de Dieu.
Strasbourg a beau crier : — Laissez sortir les femmes,
Les petits cœurs, les vieux au corps ployé,
Tout ce qui ne peut pas vous renvoyer vos flammes ! —
Ils restent sourds sans honte, sans pitié.
Un saint évêque dit : — Épargnez les malades,
Les murs gardiens des merveilles de l'art,
Ma vieille cathédrale aux sublimes arcades,
Et dont la flèche émeut tant le regard ! —
Et le cruel Werder répond à sa demande
Ces mots affreux : — Point, c'est par la terreur
Que j'espère bientôt que le soldat se rende
Et sous mes pieds abaisse sa valeur ! —
Et le mortier reprend sa manœuvre infernale,
La bombe en feu plane sur les abris,
Et tout, bibliothèque, hospice, cathédrale,
Jonche le sol de chauds et noirs débris.
Le sang coule à torrent, et si la noble place
N'est secourue, hélas ! c'est un tombeau
Autour duquel longtemps les filles de l'Alsace
Des gens u nord maudiront le fléau.
Horreur ! et voilà bien des siècles qu'on dépense
Esprit et cœur pour en arriver là,
Pour voir recommencer avec plus de science
L'œuvre sans nom des hordes d'Attila !