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1831

CONSCIENCE

Auguste BARBIER

Dieu du ciel, ô mon Dieu, par quels sombres chemins Passent journellement des myriades d'humains ? Combien de malheureux sous ses monceaux de pierre Toute large cité dérobe à la lumière,

Que d'êtres gémissants cheminent vers la mort, Le visage hâlé par l'âpre vent du sort ? Ah ! Le nombre est immense, horrible, incalculable, À vous faire jeter une plainte damnable ;

Mais ce qui vous rassure et vous surprend le plus, C'est que dans ces troupeaux énormes de vaincus, Dans ces millions de gueux voués à la souffrance, Les moins forts bien souvent supportent l'existence

Sans qu'un cri de révolte, un cri de désespoir Les écarte un seul jour des sentiers du devoir ! Ô blanche conscience ! ô saint flambeau de l'âme ! Rayon pur émané de la céleste flamme,

Toi, qui dorant nos fronts de splendides reflets, Nous tiras du troupeau des éternels muets, Dieu dans le fond des cœurs ne te mit pas sans cause : Conscience, il faut bien que tu sois quelque chose,

Que tu sois plus qu'un mot par l'école inventé, Un nuage trompant l'œil de l'humanité, Puisqu'il est ici bas tant de maigres natures, De pâles avortons, de blêmes créatures,

Tant d'êtres mal posés et privés de soutien Qui n'ont pour tout trésor, pour richesse et pour bien, Dans l'orage sans fin d'une vie effrayante, Que le pâle reflet de ta flamme ondoyante.

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