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1870

AUX ALLEMANDS

Auguste BARBIER

Qu'as tu fait, Allemagne ? En ce conflit nouveau, Tu t'es mise à la suite D'un féroce ministre et de son roi dévot, Bombardeur hypocrite !

Toi que l'on estimait parfum d'honnêteté Et fleur de poésie, Tu n'avais dans le cœur, sous masque de bonté, Que basse jalousie !

Servante du Prussien, tu lui prêtas tes bras Quand sa troupe sauvage, S'épandant sur nos champs, y porta le trépas, La flamme et le ravage ;

Tu mêlas ton épée aux glaives assassins De ces hardis Vandales, Et pris secrète part à tous les noirs desseins Des bandes féodales !

Et pourquoi ? Dans l'espoir qu'au vil démembrement De la France éventrée Tes petits rois vautours seraient tous simplement Admis à la curée !

Tes républicains même, ivres de la beauté De cette boucherie, Muets presque tous, ont à peine protesté Contre la barbarie !

Ah ! que le temps s'écoule, il n'effacera pas Cette action coupable ; Elle marque ton front entre tous les états D'une tache effroyable.

Pour des siècles sans nombre elle nous laisse au cœur Une peine infinie Dont nulle douce paix n'amoindrira l'ardeur, Perfide Germanie !

Mais va, ton châtiment s'avance, car après Cette horrible campagne Le venin de la Prusse en toi reste à jamais, Et morte est l'Allemagne.

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