Skip to content
1854

[no title]

Jules BARBEY D'AUREVILLY

Si j'avais, sous ma mantille, Cet œil gris de lin, Et cette svelte cheville Dans mon svelte brodequin ;

Si j'avais ta morbidesse, Tes cheveux dorés, Retombant en double tresse Jusque sur mes reins cambrés !

Si j'avais, ô ma pensée, Dans mon corset blanc, Ta blonde épaule irisée D'un duvet étincelant !

Enfin si je semblais faite Pour donner la loi, Je serais une coquette Plus coquette encor que toi !

Je voudrais être une reine Fière comme un paon, Dont on aurait grande peine A baiser le bout du gant.

Je ne serais pas de celles, Froides à moitié, Qui, d'abord, font les cruelles, Et puis après ont pitié.

Je serais une tigresse, Rebelle aux amours, Cachant la griffe traîtresse Dans ma patte de velours !

Je ferais souffrir aux âmes Mille bons tourments, Et je vengerais les femmes De tous leurs fripons d'amants ;

Et sans l'éventail qui cache Deux beaux yeux moqueurs, Je rirais, sur leur moustache, De leur flamme et de leurs pleurs ;

Et je passerais ma vie A les désoler, Et je serais si jolie Qu'il leur faudrait bien m'aimer !

Et puis, si d'aimer l'envie Un jour me prenait, Je n'aurais de fantaisie Que pour celui qui dirait :

« Si comme toi j'étais faite Pour donner la loi, Je serais une coquette, Plus coquette encor que toi ! »

Aime-moi donc, ma Paulette, O mon blond trésor ! Aimer un fat ? toi, coquette ! Ce sera t'aimer encor !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
[no title] · Jules BARBEY D'AUREVILLY · Poetry Cove