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1854

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Jules BARBEY D'AUREVILLY

Saigne, saigne, mon cœur… saigne ! je veux sourire. Ton sang teindra ma lèvre et je cacherai mieux Dans sa couleur de pourpre et dans ses plis joyeux La torture qui me déchire.

Saigne, saigne, mon cœur, saigne plus lentement ! Prends garde ! on t'entendrait… saigne dans le silence Comme un cœur épuisé qui déjà saigna tant, A bout de sang et de souffrance !

Quand parmi les sans-cœur, pauvre cœur, je te traîne, Sous mon froc étriqué, tu saignes dans ta nuit. Les six lignes de chair de la poitrine humaine Pourraient trahir ton faible bruit.

Mais je ne permets pas aux hommes de la foule, Insolents curieux de tout cruel destin, De t'approcher, cœur fier, pour entendre en mon sein Dégoutter le sang qui s'écoule.

Saigne, saigne, mon cœur… J'étoufferai l'haleine Qui pourrait, à l'odeur, révéler le martyr ! Saigne et meurs, cœur maudit… car la Samaritaine Manque à jamais pour te guérir !

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