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1854

Chanson

Jules BARBEY D'AUREVILLY

Oui ! restons masqués pour le monde ! Il ne vaut pas ce qu'il verrait Dans notre intimité profonde, S'il en surprenait le secret !

Il en abuserait, sans doute ; Il est si cruel et si bas ! Ma Clara, pour toi je redoute Ce que, toi, tu ne connais pas !

Toi, tu ne connais de la vie Que ce qu'en a rêvé ton coeur… Mais moi, Clara, je m'en défie… Je sais ce qu'elle a de menteur.

Je sais combien font de blessures Les cœurs jaloux aux cœurs heureux… Nos masques seront nos armures ! Masquons-nous, Clara, tu le veux !

Glace tes yeux charmants que j'aime ; Fais mieux, ma Clara ! — remplis-les De dédain, de cruauté même… Ris de moi, je te le permets !

Que jamais on ne puisse dire : « Voyez ! ils se font les yeux doux ! « Ils ont l'un sur l'autre un empire… » Masquons-nous, Clara, masquons-nous !

Tu n'en seras pas moins charmante, Et peut-être que tu seras, Fausse, encore plus enivrante, Et que mieux tu m'enivreras !

Le charme est si grand, du mystère ! Aux fronts blancs sied le masque noir… Mentir, c'est mieux que de se taire ; Se savoir, c'est plus que se voir !

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