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1878

Zélie enfant

Théodore BANVILLE

Si j'étais le savant ouvrier dont la main Crée à nouveau notre âme et le sourire humain Sur sa toile vivante et de rayons fleurie, Je peindrais pour nous deux, o ma mère chérie,

Le portrait de ma sœur enfant, et j'y mettrais Sa grâce, et la beauté divine de ses traits, Si charmants et si purs qu'une clarté sur elle Flottait et dans ses jeux semblait surnaturelle.

Car je la vois, si douce et le regard si prompt ! Elle avait la pensée écrite sur son front, Et tu disais : Voilà mon rêve et ma folie ! C'est elle, mon enfant ! ma petite Zélie !

Butinant au hasard dans l'herbe et dans le thym, Elle était rayonnante à l'aube du matin ; Elle courait, dans l'herbe épaisse, vers les saules Du ruisseau, les cheveux flottants sur ses épaules,

Grave, heureuse, portant des fleurs et les bras nus, Levant sans embarras ses grands yeux ingénus, Distraite, et cependant regardant quelque chose, Et sa bouche avait l'air d'une petite rose.

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