Chose horrible ! Ils n'étaient d'abord que quelques-uns Noyant leur âme vierge à ces âcres parfums ; Mais bientôt une foule Au festin monstrueux s'amassa follement,
Et je les vis tomber, privés de sentiment, Comme un mur qui s'écroule. Ils allaient ! Déchirés par quelque étrange faim, Sans entrevoir le but, sans regarder la fin,
Pris dans un noir vertige ; Et chacun, l'œil éteint et le front dans les cieux, Tombait, en murmurant des mots harmonieux, Lys inclinant sa tige.
Et l'ivresse augmenta. Par degrés, éperdus Tous chancelaient. À voir tous leurs corps étendus Près du marbre des portes, On eût dit, aux glaçons, à la blancheur de lys
De ces rêveurs couchés, une nécropolis Pleine de choses mortes. Alors, plus j'en voyais tomber autour de moi, Hasard étrange ! Et plus dans un divin émoi
Je me sentais revivre. Enfin, glacé d'attente et chaud de leurs baisers, Je sentis tressaillir mes membres embrasés Et je voulus les suivre.
Mais la vierge à la lyre eut un air abattu Et me prit par la main en disant : connais-tu Ces deux beautés de neige ? Moi je voulus partir et je répondis : non !
—L'une est la volupté, dit-elle, c'est son nom. —et l'autre ? Demandai-je. —Cette fille si pâle, aux baisers si nerveux, Qui se laisse oublier et dort dans ses cheveux ?
C'est la mort qu'on la nomme. Et malgré ces deux noms effrayants, j'allai pour Baiser aussi les seins des vénus, fou d'amour N'ayant plus rien d'un homme.
Dès le premier baiser je ne sais quelle peur Me vint, et je fléchis, livide de stupeur, Comme en paralysie. À mon réveil, autour du lustre qui pâlit,
Ces visions fuyaient. Seule auprès de mon lit Restait la poésie. C'est l'enfant à la lyre, aux célestes amours, Que depuis j'ai suivie, et que je suis toujours
Dans son chemin aride. Voilà pourquoi, souvent sur mon front fatigué, On voit, dans les éclats du rire le plus gai, Grimacer une ride.
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