Je bois à toi, jeune reine !
Endormeuse souveraine,
Oublieuse des soucis !
Car c'est pour bercer ma joie
Que ton caprice déploie
Les lits de pourpre et de soie,
Charmeresse aux noirs sourcils !
Ta folle toison hardie
Brille comme l'incendie
Hôtesse du flot amer,
Ta gorge aiguë étincelle
Dans un rayon qui ruisselle ;
Tu gardes sous ton aisselle
Tous les parfums de la mer.
Ta chevelure est vivante.
Elle frappe d'épouvante
Le lion et le vautour :
Sur ton beau ventre d'ivoire
S'éparpille une ombre noire,
Et tu marches dans ta gloire,
Superbe comme une tour.
Ô déesse protectrice !
Heureux, ô sage nourrice,
L'athlète aux muscles ardents
Qui tout couvert de blessures,
D'écume et de meurtrissures,
Appelle encor les morsures
De ta lèvre et de tes dents !
Toi seule, ô bonne déesse,
As l'incurable tristesse
De l'étoile et de la fleur
Sous l'or touffu qui te baigne ;
Et ton désespoir m'enseigne
Sur ton flanc glacé qui saigne
L'extase de la douleur.
Honte au cœur timide ! Il trouve
Sous ta figure, la louve
Qu'il nomme réalité.
Mais à celui qui t'adore
Ta main, où tout flot se dore,
Verse, ô fille de Pandore,
Un vin d'immortalité !