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1888

Villégiature

Théodore BANVILLE

C'est le printemps, le printemps fou Qui s'étend sur la terre dure, Au milieu des airs flottants, où Frissonne et frémit la verdure.

J'allai hier dans le bois profond Où sur les noirs coteaux propices Les feuillages révoltés font Des gouffres et des précipices.

Et, montrant son front d'or vermeil Là, je vis la Nymphe ingénue Qui chauffait son ventre au soleil, Enamourée et toute nue.

Printemps, ses regards adorés Charmaient au loin toutes les choses, Tandis que ses beaux seins dorés Dressaient en l'air des pointes roses.

Parfois quelque Faune insolent Venait la baiser sur la bouche. Elle, avec un geste indolent Recevait le baiser farouche.

Comme elle était de bonne humeur, (Elle et moi, bien souvent nous rîmes), Elle me dit : C'est toi, rimeur ! Ce bois folâtre est plein de rimes.

Tu viens de Paris ; qu'y fait-on ? Réponds-moi sans détour, Banville. Mais, dis-je, le parfait bon ton Règne toujours dans cette ville.

Ses femmes ont des airs divins Et là, dans les hautes demeures, Pour économiser les vins, Nous prenons du thé, vers cinq heures.

Parfois pleuvent des livres tels Qu'ils nous font l'effet d'une tuile ! On nous expose des pastels Et de nombreux tableaux à l'huile.

Amour, embusqué dans le parc Monceau, rit, montrant ses gencives, Et sans pudeur tire de l'arc Sur les dames inoffensives.

Dans Paris, où l'on n'est qu'amant, Les rieurs, malgré leurs blasphèmes, Sont aimés plus que fréquemment. Quelques-uns le sont pour eux-mêmes.

D'autres font voir l'idéal sous Des espèces d'or plus solides, Et tels sont aimés pour deux sous Dans les fossés des Invalides.

Bien, me dit la Nymphe, le roi Amour et le meurtre sont frères. Mais, pour le moment, parle-moi Des événements littéraires.

Car la paresse nous retient Dans ce bois où fleurit la menthe. Dis-nous un peu ce que devient La politique ? — Elle est charmante,

Répondis-je. — Un calme zéphyr Soufflait sur l'eau folle et changeante, Ridant le ruisseau de saphir, Qui parfois doucement s'argente.

Et des rayons d'or inouïs, Ardents, brisant les saintes règles, Déchiraient les cieux, éblouis Par le vol effrayant des aigles.

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