Ô don Juans, bien longtemps, artistes de la vie, Affamés d'idéal, vous aviez tous cherché L'amante au cœur divin, sans cesse poursuivie. Et toujours son front pur, dans la brume caché,
S'était enfui devant l'éclair de vos prunelles, Comme un rapide oiseau s'envole, effarouché. Reines montrant l'orgueil des pourpres éternelles, Courtisanes de marbre aux regards embrasés,
Fillettes de seize ans riant sous les tonnelles, Vous aviez tour à tour meurtri de vos baisers Tout ce qui porte un nom de princesse ou de femme, Sans que vos longs tourments en fussent apaisés.
Bourreaux charmants et doux, héros d'un sombre drame, Au-dessus de vos fronts des spectres convulsifs Avaient gémi toujours comme le vent qui brame ; Cependant, effleurant avec vos doigts pensifs
Les lys délicieux que le zéphyr adore, Et serrant sans repos entre vos bras lascifs Mille vierges enfants que la beauté décore Et qui cachent l'extase en leurs seins palpitants,
Toujours vous aviez dit : ce n'est pas elle encore ! Et vous, pâles vénus ! Longtemps, oh ! Bien longtemps, Même pour des mortels, sur vos lits de déesses Vous aviez dénoué vos beaux cheveux flottants
Et, comme un flot, versé leurs superbes ivresses, Mais sans jamais, hélas ! Pouvoir trouver celui Dont votre ardente soif implorait les caresses. Et toujours emportant votre sauvage ennui,
Ô victimes du dieu qui de nos maux se joue, À travers les chemins longtemps vous aviez fui, Tremblantes sous le fouet horrible que secoue Le vieux titan Désir, tyran de l'univers,
Et dont le vent cruel souffletait votre joue ! Mais, ô don Juans, et vous, blanches filles des mers, Sous les feux merveilleux du lustre qui flamboie, Après tant de travaux et de regrets amers,
Vous savouriez enfin le repos et la joie.
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