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1884

Turlututu

Théodore BANVILLE

Pointus comme un paratonnerre Qui tourmente, silencieux, L'aigle brun jusque dans son aire Et la nuée au fond des cieux ;

Pointus comme des voix de filles, Comme le bec d'un passereau Et comme les blanches aiguilles De glace, sur quelque Jung-Frau ;

Comme une moustache d'Espagne, Ou comme le chapeau pointu Qui, dans la chanson, accompagne Incidemment Turlututu ;

Pointu comme un glaive de bronze Dans la main d'Achille ; pointus Comme le nez de Louis Onze Raillant ses ennemis battus,

Tels sont les souliers du vicomte. Dédaignant les autres vertus, C'est sur eux que pour plaire il compte. Ils sont pointus, pointus, pointus.

Le vicomte a de fières pointes ! Et Rose, aux regards singuliers, En qui sont mille grâces jointes, L'aime, à cause des beaux souliers.

Oh ! dit-elle, que je te cingle De baisers, pour ces souliers-là ! Ils sont plus pointus qu'une épingle. Ainsi folâtre Dalila,

Et de ses deux mains exiguës, Cette amoureuse veut toucher Les souliers, aux pointes aiguës Comme la pointe d'un clocher.

Mais, excessivement puriste, En ses désespoirs familiers Le vicomte a le regard triste Et, contemplant ses beaux souliers,

Ce rêveur, dont le mal empire, Les yeux sur ses pieds abattus, Les regarde encore, et soupire : Ils ne sont pas assez pointus !

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