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1878

Toute mon Âme

Théodore BANVILLE

Depuis le jour où je suis né, Songeur que Dieu voulut élire Pour unir son chant obstiné A la mystérieuse Lyre,

Tu m'as aimé, tu m'as guéri, Tu m'as donné, dans tes alarmes, Avec ton lait qui m'a nourri, Tant de chers baisers, tant de larmes !

Par toi j'ai pu vivre et penser, Tu fus ma nourrice et mon Ange, Et moi, pour te récompenser, Qu'ai-je à te donner en échange ?

Pour toi, source de tout mon bien, Gardienne attentive et charmée, Je n'ai rien, pas même ce rien Que l'on appelle renommée.

Je n'ai rien, lorsque c'est mon tour ! Je n'ai rien, cœur brûlé de flamme, Que ma tendresse et mon amour ; Je n'ai rien que toute mon âme.

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