Depuis le jour où je suis né,
Songeur que Dieu voulut élire
Pour unir son chant obstiné
A la mystérieuse Lyre,
Tu m'as aimé, tu m'as guéri,
Tu m'as donné, dans tes alarmes,
Avec ton lait qui m'a nourri,
Tant de chers baisers, tant de larmes !
Par toi j'ai pu vivre et penser,
Tu fus ma nourrice et mon Ange,
Et moi, pour te récompenser,
Qu'ai-je à te donner en échange ?
Pour toi, source de tout mon bien,
Gardienne attentive et charmée,
Je n'ai rien, pas même ce rien
Que l'on appelle renommée.
Je n'ai rien, lorsque c'est mon tour !
Je n'ai rien, cœur brûlé de flamme,
Que ma tendresse et mon amour ;
Je n'ai rien que toute mon âme.