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1888

Toute la Lyre

Théodore BANVILLE

Un grand souffle court dans les bois Et sur les cimes éternelles ; J'entends parler toutes les voix Et frissonner toutes les ailes.

Le Rhythme chante, inassouvi, Le brouillard déchire ses gazes, Et nous suivons d'un œil ravi, Le vol effrayant des Pégases.

Dans l'éther vaste et radieux, Loin des cloaques et des fanges Éclatent le rire des Dieux Et le chant triomphal des Anges.

Sombre et délicieux tourment, Orgueil, amour, espoir, délire, Écoutez, c'est l'enchantement De la prodigieuse Lyre !

A travers les cieux arrogants Elle chasse un troupeau d'Aurores Et les cheveux des Ouragans Sont pris dans ses cordes sonores.

L'Océan fait gronder ses flots Et là gémit et se démène Avec des cris et des sanglots, Et pleure la Misère humaine.

Qui vous agite sur nos fronts, Épopée où le sang ruisselle, Douce idylle, chant des clairons, O symphonie universelle,

Et vous, colères de l'autan, Caresses de l'aube vermeille, Et toi, Nuit ! — C'est le grand Titan, HUGO, qui parle et se réveille.

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