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1888

Rire

Théodore BANVILLE

Rions sur la terre en délire Où la lumière aime et fleurit, Puisque le clair, le divin Rire Nous appartient, comme l'Esprit.

Rions sous la clarté qui tombe Parmi les rameaux chevelus ; Car, amis, la blanche colombe Ne rit pas, le tigre non plus.

Oui, rions sous les flammes vives, Puisque c'est notre beau destin D'être les glorieux convives Assis à l'immortel festin ;

Puisque la Vie âpre et sévère Aura son éclatant réveil ; Puisque brillent dans notre verre Les rouges vins, pleins de soleil ;

Puisque l'Homme, cueillant des roses, Peut dire au divin Rabelais : Tu sais toutes sortes de choses Amusantes, conte-moi-les !

Puisque le sommelier Prodige Est notre docile échanson ; Puisque c'est, lorsque je l'exige, Hugo qui chante une chanson,

Et puisque, auprès du bleu pilastre, Le diamant aux cieux cloué N'est certes pas un plus bel astre Que la prunelle de Chloé.

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