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1892

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Théodore BANVILLE

Chasseurs, gent carnassière, Secouez la poussière De vos chapeaux flétris. Voici Paris !

Et vous, rois du beau monde, Qui, dans la clarté blonde, Traîniez par les chemins Vos parchemins,

Rentrez, battant d'une aile, Dans la ville éternelle Aux vastes horizons Pleins de maisons !

Vous couvriez de malles Nos stations thermales. Toutes ces villes d'eaux Ont si bon dos !

On y flirte à son aise Dans l'or d'une fournaise Où les seuls gens marris Sont les maris.

Ah ! lorsque juin farouche Pose sur notre bouche D'ardents charbons de feu Comme par jeu,

S'en aller, c'est un rêve ! Errer sur quelque grève, C'est un luxe enchanté De volupté.

On s'enivre à l'aurore Du hurlement sonore Qui monte de la mer Au flot amer.

Ou la forêt hagarde Longuement vous regarde Avec ses profonds yeux Mystérieux.

Sur les montagnes blanches Où sont les avalanches, La neige des sommets Vous ravit. Mais

Paris, qui chante et souffre, Est la mer et le gouffre Avec ses larges flots Pleins de sanglots.

La mégère hargneuse Près d'une Maufrigneuse, La fleur rose et l'égout, Paris a tout.

Les toisons de ces femmes Y déroulent des gammes, Et les cœurs des huissiers Sont des glaciers.

A Paris, Cléopâtre Vit, et montrant l'albâtre De son sein effréné, Revient Phryné.

C'est la métempsycose ! Et comme gaîment cause Cet effronté bavard, Le boulevart !

Il sied d'y faire halte. Oh ! comme sur l'asphalte On y voit des palais Et des mollets !

Mais parlons des théâtres Sérieux et folâtres. Verrons-nous un Reszké ? C'est bien risqué.

Oui, dans notre caverne, La Mode offre et gouverne Bien plus de Koh-innors Que de ténors.

Des lèvres et des âmes Qu'en vain nous épuisâmes Coule un flot d'infini Chez Tortoni.

L'esprit joue et s'envole Comme un oiseau frivole Montant et descendant ; Et cependant,

Comme, la trouvant belle, Un enfant saisit l'aile Peinte de vermillon D'un papillon,

Le flâneur, qui s'amuse Du babil de la muse, Prend et saisit au vol Un mot de Scholl !

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