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1888

Repos

Théodore BANVILLE

Je disais, en pressant le pas : Que font ces Amours sans vergogne ? En somme, il ne me semble pas Qu'ils accomplissent leur besogne.

Ils méritent des mauvais points. Hypnotisés par sa caresse, Dorment-ils, en fermant leurs poings, Sur le doux sein de la Paresse ?

Certes, je les vois compromis ; Leur activité se repose. Depuis deux jours, ils n'ont pas mis De flammes dans les yeux de Rose.

Luce, dont les jeunes attraits Étaient cause de tant de fièvres, Depuis deux jours n'a plus de traits Meurtriers aux coins de ses lèvres.

On danse en vain sous les mûriers : C'est fini du rire et des charmes. A quoi servent ces armuriers, Puisqu'ils ne fabriquent plus d'armes ?

Tel, sévère pour le bandit, Je blâmais les Amours frivoles. Mais il sont venus et m'ont dit : Prenez des airs plus bénévoles.

Il est vrai que, depuis un temps, Sagement nous nous reposâmes. Comme nous faisions au printemps, Nous ne tourmentons plus les âmes.

Toutefois, nous reconnaissons Que vous êtes bon guitariste, Habile à gratter des chansons. Mais enfin, il serait fort triste,

Monsieur, que vous altérassiez La vérité, dans quelque rêve. De même que les terrassiers, Nous, Amours, nous sommes en grève.

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