Skip to content
1878

Pourquoi seuls ?

Théodore BANVILLE

Eh bien ! mère, prenons les souvenirs si doux, Le temps où tes enfants jouaient sur tes genoux, Ta mère qui savait encor comme on espère, La grandeur, la bonté charmante de ton père,

Et le mien tout amour, comme je le revois, La Font-Georges vermeille où se mêlaient nos voix, Et ma petite sœur qui passait dans les herbes, Avec sa bouche rose et ses grands yeux superbes,

Et ses cheveux si fins dans la brise envolés, Ce triomphe éclatant des bleuets dans les blés, Et tes enfants jaseurs qui, lassés de leur course, Tous deux s'agenouillaient et buvaient à la source !

O mère ! plongeons-nous dans ce flot ! Revoyons Les peupliers, les eaux tremblantes, les rayons, Vos projets merveilleux, tout ce temps où la vie De pourpre et d'or, était comme une aube ravie

Jetant ses feux rosés dans l'azur empli d'yeux ; Prenons ces souvenirs, ce passé radieux, Qui devant nous comme un riant matin flamboie, Et renouvelons-nous dans ce trésor de joie !

Même quand le printemps neige sur les tilleuls Et resplendit, pourquoi nous sentirions-nous seuls, Puisque, gardant toujours aux nôtres nos tendresses, Nos baisers, notre amour, nos meilleures caresses,

Nous n'avons pas des cœurs lâches ni paresseux, Et puisque, pleins encor du cher esprit de ceux Qui revivent baignés par les clartés divines, Nous les sentons vivants encor dans nos poitrines ?

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Pourquoi seuls ? · Théodore BANVILLE · Poetry Cove