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1878

Pour nous deux

Théodore BANVILLE

Pour un jour seulement fait trêve à ton martyre ! Sois comme je te vis, ô sourire et douceur, Lorsque ta chère voix qui me berce et m'attire Enchantait le réveil de ma petite sœur.

L'absence, la douleur, le mal ne sont qu'un rêve, Les cœurs n'ont pas aimé, n'ont pas souffert en vain : Oh ! crois-le, Dieu nous rend tout ce qu'il nous enlève, Et c'est là son miracle éternel et divin !

Celle qui nous charma comme une aube naissante, Celle que tant de fois tu nommes à genoux, Et qui pour nos regards voilés semblait absente, Pendant que nous pleurions est ici près de nous !

Je l'entends à cette heure aussi douce qu'amère, Où nos Anges pensifs nous voient occupés d'eux, Me dire tout bas : Prends dans tes bras notre mère, Mon frère, et donne-lui des baisers pour nous deux.

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