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1884

Politique

Théodore BANVILLE

Oui, Misère est toujours Misère, Pâle, avec son rictus affreux. Ainsi que les grains d'un rosaire, Ses jours se ressemblent entre eux.

Oui, le pauvre est le pauvre. Jeune Ou vieux, malgré ses appétits, Après le dur travail, il jeûne Avec sa femme et ses petits.

Pour lui le bonheur est un mythe. Il est le vrai souverain ; mais Quand verra-t-il dans sa marmite Un morceau de viande ? Jamais.

Et les petits, dont le ciel aime Les doux sourires familiers, Noir et mystérieux problème ! Vont en loques et sans souliers.

Et, cependant, la forte-en-gueule Qui ne revient pas du Lignon, La Politique, peu bégueule, Hurle et se crêpe le chignon.

La mégère met sur ses hanches, Parterre aux maigres floraisons, Ses deux mains qui ne sont pas blanches ; Et, faute de bonnes raisons,

Forte à la savate, inaugure, Pour tomber son godelureau, Le vif coup de pied de figure, Et le coup de front du taureau.

Rires. Clameurs. Effroi. Tumulte. On dirait qu'on fouette un marmot. A Chaillot ! — C'est nous qu'on insulte ! Vous allez retirer le mot !

Et le prix du combat sinistre Flotte, vaillamment disputé. On s'explique. — Va donc, ministre ! Ohé ! va donc, toi, député !

La Politique, fière, en somme, De ne jamais amnistier, Bavarde et se trémousse comme Un diable dans un bénitier.

Elle unit, en ses turlutaines, L'éloquence de feu Dupin Avec celle de Démosthènes. C'est un beau spectacle. — ET DU PAIN ?

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