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1884

Pitié suprème

Théodore BANVILLE

Dans les journaux singuliers Qui lui sont particuliers, La Mode, à ce qu'il paraît, Dicte un arrêt.

Plus d'Invisibles ! et plus D'épais voiles superflus. La reine du falbala Change cela.

Les corsages, cet hiver, Seront, pour ravir l'enfer Si vous le leur permettez, Décolletés.

Près du tissu blanc, ou noir, Ou rose, ils laisseront voir La blancheur et le dessin Charmant du sein.

Les uns, spectacle inouï Fait pour Rubens ébloui, Montreront, dans le velours, De beaux seins lourds.

D'autres songent, érudits, Aux pommiers du paradis, Et c'est un joli sein rond Qu'ils montreront.

D'autres, baisés par le vent, Montreront ce que souvent Les Déesses n'ont point eu : Un sein pointu.

Et dans un but assassin, D'autres montreront un sein Délicieux et très pur, Quoique moins dur.

D'autres, venant à leur tour, Montreront ce fruit d'amour : Des seins fauves et dorés, Mais adorés.

Et les yeux s'enivreront. D'autres, enfin, montreront (Oh ! ma pitié les absout !) Quoi ? Rien du tout.

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