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1884

Philosophie

Théodore BANVILLE

Tout là-bas, sur un boulevard Peuplé de spectacles risibles Qu'admire le passant bavard, On vous fait voir les Invisibles.

Eh quoi ! dans une goutte d'eau, Tant de serpents et de molosses Hideux et traînant leur fardeau ! Tant d'abominables colosses !

Monstrueux, diffus, contournés, Sombre et tragique phénomène, On pourrait croire qu'ils sont nés Dans le récit de Théramène.

Car c'est en replis tortueux Que leur croupe aussi se recourbe. Tout en eux est tumultueux : Ailes, écailles, regard fourbe.

Et géants altérés de mort Avec leur gueule ruisselante, Tout cela se mange et se mord Et s'éventre dans l'eau sanglante.

De combien de ces gouttes d'eau Se compose une mer profonde Soulevant son épais rideau, Et que d'océans dans un monde !

Et qui se meut dans l'infini Sans cieux, sans limite et sans voiles ? Un troupeau toujours rajeuni D'astres, un tourbillon d'étoiles.

Des mondes, pour un seul témoin Pressant leurs courses vagabondes. Plus loin ? Des mondes. Et plus loin ? Toujours, toujours, toujours des mondes.

Tous ces univers radieux Vont dans l'éther clair et terrible Menés par des troupeaux de Dieux Qu'à son tour mène un fouet horrible ;

Emportés dans l'éternité Qui ne peut être dépensée, Par le calme rhythme enchanté Né dans l'immuable pensée ;

Effarés, dociles, ayant Pour but d'obéir à la Cause. Oh ! dans cet ensemble effrayant Que Turlurette est peu de chose !

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