Skip to content
1884

Phémie

Théodore BANVILLE

Un personnage de La Vie De Bohème, l'avant-dernier ! S'endort, suivant, âme ravie, Le premier souffle printanier.

Au matin, sans doute endormie En quelque rêve oriental, Sachez que la pauvre Phémie Est morte hier, à l'hôpital.

Elle eut toujours l'âme ingénue Et les regards dans l'air flottants ; Je suis de ceux qui l'ont connue Dans l'ivresse de ses vingt ans.

En sa jeunesse, elle était rousse ; Et fauve alors comme un lion, Ressemblait, avec sa frimousse, Aux Faunesses de Clodion.

En ce temps-là, c'étaient ses fêtes, Marchant gaîment sur le carreau, Elle venait chez les poëtes Et buvait un peu de leur eau.

Bien plus tard, je l'ai retrouvée, Laissant le vent rougir ses mains, Et tout doucement arrivée Où conduisent tous les chemins.

Elle n'était plus teinturière, Pauvre jouet du destin fou, Et même, son ardeur guerrière S'était enfuie, on ne sait où.

C'était une petite vieille, A qui l'âge n'avait donné Qu'un peu de misère, et pareille A l'enfant toujours étonné.

Ah ! ces existences amères Et dont le seul matin fut doux, S'envolent, comme des chimères, Dans le vague lointain ; mais nous,

Joueur des flûtes inégales, En nos rimes, nous caressons Les frêles âmes de cigales Qui ne surent que des chansons.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Phémie · Théodore BANVILLE · Poetry Cove