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1884

Petit Noël

Théodore BANVILLE

Le petit à face minée, Dont l'œil est comme un pâle ciel, S'approche de la cheminée, Tout tremblant, le soir de Noël.

Pourtant, la misère et la fièvre N'ont pas diminué l'air fin Et spirituel de sa lèvre. Il est très maigre, et bleu de faim.

Depuis si longtemps qu'il l'a mise, Traînent les lambeaux décousus De sa malheureuse chemise. Oh ! dit-il, bon petit Jésus !

Toi sur qui la lumière joue Et qui souris dans ton berceau ! Je marche pieds nus dans la boue Et dans la fange du ruisseau.

O petit Jésus adorable, Que parent de riches colliers ! Si tu veux m'être secourable, Donne-moi d'abord des souliers.

Des souliers trop neufs pour se taire, Des souliers qui fassent : Coin ! coin ! Et mènent tant de bruit par terre Qu'on m'entende venir de loin.

Puis, comme toi seul es le maître, Afin de m'aiguiser les dents, Bon Jésus, tu pourras peut-être Mettre un peu de bonbon dedans !

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