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1888

Peinture

Théodore BANVILLE

Elle était blanche comme un cygne Et parfaitement nue, et puis Sans aucune feuille de vigne, Car elle sortait de son puits.

Moi, je pris le blanc et le rouge Et sur son visage et son flanc, Sans souci du zéphyr qui bouge, Fier, je mis du rouge et du blanc.

Avec ces couleurs de théâtre, Que sans remords nous étalons, Je maquillai son corps folâtre De la nuque jusqu'aux talons.

Et je disais : Le Beau respire Chez l'auteur suave et mesquin ; Aussi doit-on, fuyant Shakspere, Aimer éperdûment Berquin !

Épris de la gloire et du lucre, Il serait bon qu'on les briguât Avec une Revue en sucre Et des romanciers en nougat !

Pas de choses éblouissantes ! Foin de la Rose au cœur vermeil ! Surtout craignez les indécentes Éclaboussures de soleil !

On peut célébrer le Hanôvre, Ou Londres, avec Tom et Bob ; Mais que la rime soit très pauvre ! Oh ! beaucoup plus pauvre que Job !

Certes, le vrai morceau de prince Qu'il faut louanger en un lai, C'est une demoiselle, mince Comme un svelte manche à balai.

Le style très sobre, sans honte Avec la vertu correspond : Ce sont les vrais lions de fonte Qui rugissent au bout du pont !

Ainsi je parlais, magnanime, Tâchant, dans ma péroraison, D'agenouiller la nymphe Rime Sous le dur fouet de la Raison.

Et toujours, avec politesse, Éteignant la pourpre du sang, Parmi les lys de la déesse Je mettais du rouge et du blanc.

Et comme, en cette ardente fièvre, Sur le rouge, sans l'effacer, Je passais la patte de lièvre, Un critique vint à passer.

Alors, tout à coup faisant halte, Oubliant sa rédaction, Il admira, droit sur l'asphalte, Mes discours et mon action.

Que vois-je ? Quel est ce prodige ? Dit-il avec sévérité. Que faites-vous là ? — Moi ? lui dis-je ; Mais — je farde la Vérité !

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