Ainsi, les nuits dans les tranchées, L'arme au pied, le froid et la faim, Les dures souffrances cachées D'une attente morne et sans fin ;
Les batailles, les escarmouches, Le sang qui coule sur vos pas, Et les fusillades farouches D'un ennemi qu'on ne voit pas ;
L'ami qui tombe, l'ombre noire Où le hasard seul est vainqueur ; La retraite après la victoire, Avec le désespoir au cœur ;
Les Parisiens gais et pâles, Devenus soldats en un jour, Ont subi ces angoisses mâles Avec une extase d'amour.
Enfants d'une mère meurtrie Qu'ils adorent tous à genoux, Les yeux tournés vers la Patrie, Ils ont dit à la Mort : Prends-nous !
Les blessés, fiers de leur martyre, Sans baisser leurs regards voilés, Ont vu même avec un sourire Tomber leurs membres mutilés.
Dans la forteresse où nous sommes, Nous avons, sans reprocher rien, Rapporté morts des jeunes hommes, Et leurs mères ont dit : C'est bien.
Paris aux mille renommées A levé son front de géant ; Il a fait sortir des armées De la misère et du néant.
Graveur sur l'or et l'améthyste, Tenant son délicat burin, Il a su, de sa main d'artiste, Fondre les lourds canons d'airain.
Partout, du faubourg Saint-Antoine A l'ancien boulevard de Gand, Il a mangé son pain d'avoine Avec un dandysme élégant ;
Et lorsque l'orage des bombes A formidablement tonné Sur nos palais et sur nos tombes, Ses femmes n'ont pas frissonné.
Tel fut Paris en ses désastres. Tel ce héros, dont le front bout, Tint son cœur plus haut que les astres, Saignant et lassé, mais debout !
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