Si Limayrac devenait fleur,
Il boirait les pleurs de l'aurore,
Et, penché sur le sein de flore,
Il renaîtrait à ce doux pleur.
Son faux col serait sa corolle,
Et d'un lys aurait la couleur ;
J'en ferais des bouquets à rolle,
Si Limayrac devenait fleur.
Si Limayrac devenait fleur,
Ducuing pourrait, à la chaumière,
L'attacher à sa boutonnière
Et s'en faire une croix d'honneur.
Sur les coteaux et dans les landes,
Enivré d'un rêve enchanteur,
Buloz en ferait des guirlandes,
Si Limayrac devenait fleur.
Si Limayrac devenait fleur,
J'en ornerais, près d'une haie,
La houlette d'Arsène Houssaye :
Je l'arracherais sans douleur.
À côté d'une cucurbite,
Je le cueillerais en l'honneur
De l'éditeur Jules Labitte,
Si Limayrac devenait fleur.
Si Limayrac devenait fleur,
Je le mettrais dedans un vase,
Et quelquefois avec extase
Je l'aplatirais sur mon cœur,
Séduit par son pistil attique,
Peut-être un jeune parfumeur
Nous en ferait de l'huile antique,
Si Limayrac devenait fleur.
Hélas ! Limayrac n'est pas fleur
Et ne peut de parfums de menthe
Enivrer un corset d'amante
Ni l'habit noir d'un rédacteur.
On ne peut faire de pommade
Avec son faux col séducteur :
Jetons au feu cette ballade,
Hélas ! Limayrac n'est pas fleur !